Ma première crise de boulimie

sucre

Octobre 2015
Sainte-Brigitte-De-Laval

Je trempe mon doigt dans l’appareil à gâteau. Au chocolat. La salive inonde ma bouche et déborde dans mes yeux. Je pleure. J’imagine le goût du sucre qui fond sur ma langue. L’amertume du chocolat. La mort par chocolat. C’est mon histoire.

Faut comprendre: j’ai une maladie bien particulière, une maladie lipidique. Une maladie de vieux, que certains disent. C’est la petite cousine du diabète. Celle que l’on ne voit jamais parce qu’enfant illégitime. C’est une maladie silencieuse. Pourtant elle fait tout un vacarme dans ma vie. Le sucre, le gras, la nicotine et l’alcool sont des bombes nucléaires. Pas Hiroshima, peut-être Nagasaki.

Hypertriglycéridémie.
Quoi? L’explication est trop longue.
Je suis intolérant à tout ce qui est bon dans la vie, sauf le café.
Voilà, c’est plus simple.

La pâte chocolatée glisse dans le moule. Elle gigote pendant que je l’enfourne. Au chaud. Voilà des semaines que je n’ai pas cédé. Que je tiens la diète comme constitution de ma vie. Pas de sucre. Prendre une pomme à la place. Mais pas plus que 3 par jour. Des pâtes de blé ou de riz. Farine de sarrasin. Éviter les avocats et les noix. Pas de poisson rouge, seulement de la chaire blanche. Pas de viande, sauf le filet de porc et le poulet. Pas de tofu. Une bière sans alcool. Mon front est moite. Ma gorge pâteuse. Je ne dois pas céder. Je laisse le gâteau au bon soin de ma mère et m’enfuis.

Forever 21
Sainte-Foy

Je m’achète une veste grise. Me gâter pour satisfaire mes envies. En psychologie, on appelle ça un déplacement. Mécanisme de défense de merde. Ça ne marche pas. Mon corps veut du gras. De l’alcool. Du sucre. Je m’arrête dans un comptoir à café. Je vais prendre un cappuccino. Écrémé. Merci, voilà. Et garder la monnaie. Le liquide coule dans ma bouche, ne laissant que mon crave encore plus présent. Je lui rajoute un édulcorant. Rien ne change. Une flamme dans mon estomac. Je salive pour la combattre. Pearl Harbor. Je n’ai aucune chance. Un Metro. Je m’enfonce dans ses dédales. Icare qui se brûle les ailes. Je commets un crime. Mayards, bleuets Brookside, Nestea, Lay’s. Je dépose tout sur le tapis roulant. Passe ma carte de crédit. M’enfuis avec mon sac, un voleur de banque. La portière se ferme, la musique s’allume. Couvrant les bruits de l’ouverture des sacs de friandises.

Je les enfonce dans ma gueule. Je gobe. Me gave. Les bouts de mes doigts se tachent. Le sucre crépite au contact des papilles. Un petit ulcère se créer sur le coté de ma langue. Mes neurones s’affolent. Ils fonctionnent à un nouveau rythme. Une sensation se répand dans mon corps. Peut-être de la joie. Orgasme? Non. C’est meilleur que le sexe. Une masturbation lipidique. Je démarre. Le bruit du moteur envahit seulement mes oreilles que je m’arrête de nouveau. J’enfonce la porte du Nelligan’s. Une pinte de rousse s’il-te-plaît. Je demande une tope à un inconnu. Elle se consume en fumée. Se répand dans mon corps. Directement dans mon sang. L’alcool suit aussi. Je m’empoisonne littéralement.

La culpabilité me transperce comme des aiguilles. Je ne suis plus que les restes d’une digue. Des ruines. Je m’empoisonne lentement. Maladie silencieuse, sans symptômes. Je ne sais pas si le compte à rebours est commencé. Je prends les dernières gorgées de ma bière en pensant que je viens probablement de vivre une crise de boulimie. Finirai-je la nuit à l’hôpital?

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