J’ai eu la chienne

Je te mets en contexte: je suis la fille low-profile qui fait jamais rien de travers. J’arrive toujours à l’heure, je suis polie, courtoise et je tiens mes promesses. Je suis jamais arrivée en retard à la job et j’ai jamais pogné de tickets. L’expression «suivre le droit chemin» prend tout son sens quand tu me connais. Le droit chemin, c’est celui qu’on nous dit qu’il faut prendre pour devenir un adulte accompli. Pis moi, c’est ça que je voulais, être une adulte accomplie.

C’est pour ça que j’ai tenu bon quand mon chum a commencé à embrasser d’autres filles. J’ai aussi tenu bon quand mes trois cours à l’université valsaient avec mes trois jours de stage en me donnant le tournis. Par en avant, que je me disais. Faut que tu me comprennes, j’avais un objectif. Déroger de la ligne droite, ça aurait rallongé mon parcours vers l’accomplissement. J’avais crissement pas le goût de prendre un détour. D’un coup qui serait trop tard pour réclamer mon dû. D’un coup que mon utopie ait une date d’expiration.

Mais j’ai appris à la dure que c’est pas de même que ça marche… Que des fois, la route la plus directe vers ta destination est barrée pis t’as pas le choix de prendre le détour.

Mon chum m’a crissée là en mai. J’étais à l’épicentre d’un tremblement de terre dévastateur. 9 à l’échelle de Richter. Les fondations de ma tant adulée vie d’adulte s’effondraient devant mes yeux. J’ai essayé, y’était trop tard pour recoller les morceaux.

Tu le sais comment c’est une peine d’amour, ça te surprend pas si je te dis que j’ai passé un été de marde. J’ai fait comme tout le monde fait quand ça va mal, j’ai pris l’avion. Je te mentirai pas, j’ai eu la chienne de partir seule avec mon sac à dos. Sauf que là, assise dans mon premier cours de la session, j’avais encore plus la chienne. Pour la première fois de ma vie, j’avais peur d’arriver trop vite.

Le 14 septembre 2015, la date limite d’abandon total ou partiel des cours avec remboursement. Le cauchemar de mes parents, un peu le mien aussi. Parce que eux, ils étaient donc ben fiers de dire que leur fille allait être psychoéducatrice. Pis parce que moi, ça faisait partie du plan depuis trois ans cette maîtrise-là. J’ai fermé mes yeux, je l’ai fait pareil. Abandonner mes cours est à ce jour la meilleure décision que j’aurais pu prendre pour moi.

J’ai envie de prendre mon temps, de prendre la «scenic road». Celle qui se criss de la destination. Celle qui en finit plus de virailler. Celle qui répond à aucune logique. J’ai envie de prendre la route qui est belle, pas celle qui est efficace.

Au fond, je le sais que je vais m’attendre rendue au bout. Je suis pas pressée, j’ai toute la vie pour arriver.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s