Parler à son fantasme

Septembre 2011

St-Jean.

Traveling avant : moi qui entre dans le Drague, survole la foule pour terminer le plan sur les DragQueen personnifiant les Spice Girls sur la scène. Retour sur moi. Je fais la bise au fêté. On comprend qu’il s’appelle Bernard. On me voit m’acheter une bière, question que les images soient raccord. Je bois. L’image ne permet pas d’apercevoir le mélange de culpabilité et de plaisir que j’ai à boire.foulard

Les dialogues sont presque inaudibles, couverts par la musique. Les cadrages sont serrés. On voit beaucoup de corps. Beaucoup de chair. Des hommes. En majorité. On danse. L’ivresse commence à se voir sur le visage de chacun des personnages. Slow Mo. Les fuseaux de lumière semblent tous s’enligner sur les angles de son visage. Il s’extirpe de la foule et avance vers mon ami. Ils se font la bise.

Flash back. Image décadrée. Beaucoup de gris. Assis dans la 355, un peu écrasé dans le fond de mon banc et les écouteurs dans mes oreilles. Lui qui embarque dans l’autobus. Il replace son foulard à motifs triangulaires. Je me redresse, tasse mon sac et tire sur mes écouteurs. Il ne vient pas s’assoir avec moi. Je me recale et remets mes écouteurs, une chanson pour appuyer l’émotion. Regarde de nouveau au travers de la saleté de la fenêtre. Personne ne sait vraiment ce qu’il y a dans ma tête, mais on s’en doute.

Retour au moment de l’histoire. Moi qui crie à Bernard Tu le connais? Ouais, je te présente si tu veux. Bernard me tire la main, elle se défile. Le fêté insiste : il fera les présentations. Cadre très serré sur mes traits qui tendent, ma respiration qui résonne plus fort. Plus le choix. Salut, moi c’est Hugo! Toi c’est? Charles.

Ellipse. Les corps se déhanchent à nouveau. On remarque subtilement que l’on change de place pour que Charles et Hugo se retrouvent un à coté de l’autre. La musique est transcendante. Des regards s’échangent. La tension est physique. Les mains se frôlent. Les hanches se touchent. Les corps se collent. On ne voit plus qu’eux dans l’image. Point pivot. Charles chuchote viens me rejoindre dehors, et disparaît. Je contourne les corps et le rejoint. Il se tient là, un peu à l’écart. Les néons s’étiolent sur son visage. Il se triture les mains. Son regard croise le mien, s’alourdit. Je me rapproche, titubant dans mon ivresse. Hugo, je suis déjà impliqué avec quelqu’un. Pas en couple, mais…  Un silence rempli des sons du bar, derrière. Des mots semblent se construire sur ma langue, absurdes.

Je prends la 355. Comme toi. Chaque matin. Tu t’assois devant moi, jamais à côté. Je sais. J’ai l’air creep. Mais je te trouve tellement beau. En fait, Charles, tu es mon fantasme.

Deuxième ellipse.

Brûlerie St-Jean. C’est un plan large, ou voit l’ensemble du café. Les autres clients et le barista qui s’activent. Les flocons viennent se coller aux fenêtres, quelqu’un entre. À la table juste sous les escaliers, là où on pourrait croire qu’elles s’élèvent en tourbillon, sont assis deux hommes. C’est Charles et Hugo. L’un a contacté l’autre en trouvant l’excuse d’un disque ou d’un livre qu’il voudrait emprunter.

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