Purement physique

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Juste comme ça, il m’a serrée contre lui. Il m’a embrassée dans le cou, provoquant par la même occasion des hématomes bleus qui trahissaient notre relation. Il a laissé courir ses mains sur ma peau nue, des épaules jusqu’à mes cuisses, en passant par mes fesses.

Encore une fois, il me désirait et c’était le même scénario que tous les autres soirs. Il y avait cependant une différence ce soir-là : j’étais en amour. Il existe une coupure, une fracture entre le moment où on fréquente et celui où on aime. La dernière fois que nous avions passé du temps ensemble, ça avait été magnifique. Il n’y avait pas de papillons dans mon estomac, mais une grosse boule d’énergie. Pour moi, c’est ça l’amour, cette vitalité qui revigore, qui donne la force de continuer.

Comme d’habitude, il a pris le bout de mon sein droit dans sa bouche. Extase. J’aimais la façon qu’il avait de le faire. Il ne se contentait pas de le suçoter et de le tirailler comme s’il était un poupon affamé. Il le prenait entier dans sa bouche et dessinait un je-ne-sais-quoi avec sa langue qui nous faisait gémir tous les deux. J’ai pris sa tête à deux mains et je l’ai attiré encore plus près de ma poitrine. L’ensemble de mon corps criait : « Encore! » Puis, j’ai penché ma tête vers lui et il m’a embrassée.

« Avant qu’on continue, il faudrait qu’on parle. » Il venait de lâcher ça. Comme une bombe. « T’es sûr? Maintenant? » Je l’ai embrassé dans le cou en profitant de ma position avantageuse pour l’exciter encore plus. Il m’a repoussée sans grande conviction, mais j’ai tout de même compris le message. Il fallait parler. « Pour toi, c’est quoi nous deux? » Facile, je connaissais la réponse à cette question. Il me tenait la main devant ses amis et m’embrassait en public. Il me chantait des paroles d’amour dans la douche et nous passions des heures à discuter. Nous allions enfin nous officialiser. Alors, je lui ai lancé mon plus beau sourire et j’ai caressé sa barbe du bout de mes doigts. « C’est du sérieux. »

« Oh. »

Panique à bord. Soudaine vague de chaleur. Cette réaction me semblait incongrue. Elle ne sortait de nulle part. j’avais la certitude d’être en train de rougir jusqu’à la pointe de mes cheveux.

« Je ne ressens pas d’amour envers toi, pour moi, c’est vraiment juste physique. »

BOUM.

« Mais si t’es correcte avec ça, j’aimerais qu’on continue à se voir. »

BOUM.

« C’est sûr que je me suis attaché à toi, t’es la première fille avec qui j’ai couché. Mais je ne suis pas en amour comme je sais que je peux l’être. Dans la vie, soit je suis un lover, soit je ne le suis vraiment pas… »

BOUM.

Ses doigts effectuaient des cercles sur mon épaule droite. Je les ai regardés méchamment. Ils me dérangeaient. Il l’a remarqué et les a retirés. L’habitude, je suppose.

La question qu’il avait posée semblait en apparence bien simple, mais elle avait largué une série d’obus sur notre relation et creusé un énorme fossé entre nous. Que voulait-il que je réponde à cette déclaration?

« OK, je comprends. »

Cette réponse se trouvait à être la meilleure que j’avais pu trouver. Je demeurais sous le choc et il n’y avait absolument rien à comprendre à la logique de cet être. Nada.

« Qu’est-ce qu’on fait, alors? » Il m’avait demandé ça comme un enfant apeuré. Je me demandais si mes yeux me trompaient ou s’il était vraiment encore bandé. De mon côté, toute envie de le sentir en moi était retombée. Libido à zéro.

D’un coup, j’ai récupéré mon instinct de survie : j’ai repris le contrôle de mes pensées et de mon corps. « Je vais commencer par changer de position. » J’avais dit cela pour tenter de paraître drôle, mais il n’a pas ri. De toute façon, il était vrai que rester assise à califourchon sur lui en petite culotte n’allait pas aider mon cas.

À ce moment-là, j’ai ressenti ma nudité jusque dans mes tripes. Je devais cacher mes seins trop petits, mon ventre un peu mou et mes cuisses rondes. Je ne me sentais plus du tout à l’aise qu’il les voie. Ne trouvant pas de meilleure solution, j’ai croisé mes bras sur ma poitrine et je l’ai regardé. Il s’est mis à déblatérer. Il parlait sans arrêt et rien de ce qu’il disait ne possédait de sens. Ou peut-être étais-je trop fixée sur l’idée de mes seins à l’air pour lui prêter l’attention nécessaire. Je me suis contentée de le regarder et de hocher la tête. Lorsqu’il s’est enfin arrêté, il y a eu un silence. « Alors, qu’est-ce qu’on fait? » Il venait à peine de répéter cette phrase que j’ai su ce que je devais lui répondre.

« Je ne veux pas de ce genre de relation. »

« Je sais que tu en avais déjà eu une avec Untel… »

Ça ne va pas? Pourquoi parlait-il de cela?

« Justement, ça a mal fini, je ne veux plus en entendre parler. »

Il a regardé ailleurs, comme désorienté. J’ai rassemblé tout ce qu’il me restait de courage. « Je pense que tu devrais partir. » À cet instant-là, j’ai senti la femme en moi grandir et j’ai regardé ce pauvre type de haut. Allez, sors de chez moi, imbécile! J’ai profité du moment où il remettait son pantalon pour attraper furtivement ma robe qui gisait sur le plancher. En moins de deux, j’étais de nouveau habillée, dans ma splendeur de femme fatale qui gérait la situation. Dans ma fureur, je ne m’étais jamais sentie aussi forte et je ressentais un urgent besoin de vengeance. Mais comme la vengeance est un plat qui se mange froid, j’ai continué à jouer la carte de la fille simple.

« T’es un bon gars. »

Il s’est retourné dans le cadre de la porte d’entrée. Ou pour lui, la porte de sortie.

« On me le dit trop souvent. Je ne sais pas si c’est une bonne chose. »

Pauvre garçon. Un éternel malheureux. « Ce fut une belle aventure. » Il a ajouté ça avant d’esquisser des mains un signe chinois du genre namasté et de quitter.

J’ai refermé la porte. Refermé la porte sur lui, sur mes espoirs, sur l’amour. Je suis montée dans ma chambre et je me suis recroquevillée en boule dans un coin de mon lit désormais trop grand, vide et froid. J’ai mordu mon oreiller pour m’empêcher de hurler. Je revivais le moment où les bombes m’avaient frappée de plein fouet. Un cauchemar absolument atroce. Mon corps était secoué de spasmes à force d’y repenser et la douleur psychologique devenait physique tellement elle était forte. Comme un bébé après une crise, j’ai fini par m’endormir et je n’ai pas rêvé.

On ne se demande pas pourquoi cinq semaines moins un jour plus tard, je me trouvais à nouveau dans ses bras, dans ma petitesse de femme à qui son homme manquait. On ne se demande pas pourquoi j’avais laissé mes meilleures copines à l’intérieur du bar pour aller embrasser cet idiot de première qui avait recommencé à fumer la cigarette.

Une femme indépendante qui s’impose, c’est grand. Une femme dans les bras de son homme, c’est petit. À ce moment de mon existence, je préférais être petite, mais comblée plutôt que grande et frustrée. Surtout quand il a chuchoté à mon oreille : « Tu m’as manqué. » Simple comme bonjour.

Ma meilleure amie me regardait en secouant la tête. Elle ne voulait pas que je m’embarque là-dedans. Je l’ai ignorée. Ce soir-là, je voulais du sexe. Du sexe à l’état pur, du sexe pour du sexe et du sexe avec lui et personne d’autre. J’avais eu cinq semaines pour préparer ce moment et je savais qu’il allait arriver. Ce n’était pas fini entre nous deux, ce ne pouvait pas l’être, ça m’aurait semblé irréel. Je voulais sentir à nouveau sa bouche englober mes seins, je désirais son premier coup de hanche en moi. Pas la sensation de sa barbe dans mon cou ou bien la douceur de ses lèvres. C’était fini, ce temps-là. Je m’y étais conditionnée. Purement physique.

Que je croyais. Jamais rien de bon n’arrive après deux heures du matin. Merci pour le conseil, Ted.

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