Fripouille

– Bonjour les cocos! Êtes-vous prêts à entendre la prochaine histoire?

-Ouuuiiiii! s’écrièrent les enfants en gigotant d’excitation devant l’institutrice.

– Elle s’intitule: « Le nouveau nid de Fripouille junior ».

Les enfants, déjà tous en demi-cercle autour de la dame, avaient les yeux rivés sur elle. L’un d’entre eux, Émile, laissa même échapper un léger coulis de bave au coin des lèvres, comme s’il était hypnotisé par sa voix, avant même que l’histoire fut commencée. Quand Mme Demers eut le silence absolu des ses élèves, elle tourna le livre face aux enfants, de manière à ce que tous puissent observer les illustrations. Puis, elle commença la lecture.

– Il était une fois, une famille d’oiseaux qui vivait dans un nid. Ils étaient très heureux ensemble. Il y avait M. Fripouillon le papa oiseau, Mme Fripouillette la maman oiseau et Fripouille le bébé oiseau. À chaque jour, Mme Fripouillette allait chercher de la nourriture pour Fripouille. Mme Fripouillette ne voulait surtout pas que son bébé quitte le nid, car le monde extérieur était trop dangereux pour lui. En plus…

Un enfant l’interrompit.

– Oui, Jérôme?

– Mais pourquoi c’est dangereux?

– Oh! Parce que si Fripouille s’en va du nid, il pourrait rencontrer des méchants chats qui pourraient le manger tout cru, miam miam miam!

Les enfants furent surpris et éclatèrent de rire devant l’imitation du félin imaginaire. Quand les enfants se calmèrent, elle reprit le récit de plus belle.

– En plus, il ne savait pas voler. Les jours passèrent. Des fois le ciel était ensoleillé, et des fois le ciel était nuageux. Puis, un jour, M. Fripouillon décida qu’il était temps que Fripouille apprenne à voler. Fripouille avait peur. « Mais non, ne t’inquiète pas », lui dit son père, « je serai en bas de l’arbre pour t’attraper si jamais tu tombes ». Fripouille essaya et tomba. Il essaya encore et tomba de nouveau. Puis, à sa troisième tentative, il prit son envol!

Certains gamins de la classe imitèrent les mouvements de l’oiseau. Mme Demers esquissa un sourire et continua.

– Mme Fripouillette et M. Fripouillon étaient très fiers de leur enfant. Puis, vint le temps où Fripouille apprit à chasser les vers de terre. Encore une fois, au début, ce n’était pas toujours facile pour lui, mais il finit par être un très bon chasseur de vers de terre. Fripouille était maintenant rendu autonome.

Jugeant la difficulté du mot, elle s’arrêta pour demander aux enfants ce que cela voulait signifier. Deux levèrent la mains et elle choisit Andréa, qui était un peu à l’écart du groupe.

– Qu’est-ce qu’autonome veut dire, selon toi, Andréa?

– C’est, euh … C’est quand on devient responsable?

– Oui, c’est une bonne réponse ma chouette! En fait, une personne autonome, c’est une personne qui est capable de faire plein plein plein de choses sans avoir besoin de personne. Fripouille, dans notre histoire, est autonome parce qu’il peut maintenant voler et manger sans avoir besoin de ses parents. Est-ce que vous comprenez?

Tous hochèrent la tête. Elle reprit son récit.

– Il était maintenant l’heure pour Fripouille de quitter le nid et de s’installer ailleurs. Il prit son envol et batta des ailes avec énergie. Il survola la forêt entière. À la fin de la journée, tout juste avant que le soleil se cache derrière les montagnes, Fripouille trouva l’arbre idéal pour y construire son nouveau nid. C’était une nouvelle vie qui commençait pour lui. Au bout de quelque temps, Mme Fripouillette, inquiète, décida d’aller le retrouver. Fripouille était surpris de revoir sa maman.

– Non maman, n’aie pas peur, je suis capable de vivre seul, je suis autonome, dit Fripouille.

– D’accord, dit la maman, je te laisse seul … Mais fais attention à toi.

Mme Fripouillette quitta le nid de Fripouille pour aller rejoindre M. Fripouillon. Mais elle revint encore une fois. Fripouille commença à être fatigué que sa maman ne lui fasse pas confiance.

– Maman, s’il-te-plaît, fais-moi confiance, je suis autonome, reprit-il d’un ton plus sérieux.

– D’accord Fripouille, cette fois j’ai compris.

Puis, au moment où Mme Fripouillette s’apprêta à prendre son envol, Fripouille lui dit : « Mais tu peux revenir me voir si t’ennuies de moi. Et moi, je pourrai venir vous voir aussi quand je m’ennuierai. Ce n’est pas la distance qui va nous empêcher de nous aimer. »

– Tu as bien raison mon fils, je t’aime aussi. À la prochaine Fripouille.

Fin.

***

Maman, fais donc comme Mme Fripouillette s’il-te-plaît, laisse-moi faire ce que je veux et fais-moi confiance dans mes choix de vie.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s