Lac La Paix (Série Portraits éphémères)

Alexandre l’introverti, le gêné, le jeune garçon mystérieux. Tu sais, le gars beau et mystérieux des animes japonais sur lequel toutes les filles tripent ? C’était toi, mon frère, même si tu n’en avais pas conscience. Mais Alex, t’étais plus que ça. T’étais un être troublé qui cherchait un sens à sa vie, qui cherchait le bonheur. Personne n’imagine, à 17 ans, apprendre que son cerveau est tout croche. C’est ça que t’as vécu, Alexandre. Malgré tout l’amour qui t’entourait, tu étais tout seul dans ta tête. Parfois, une fille réussissait à y entrer, mais elle en ressortait aussitôt. C’était trop douloureux dans ta tête. On se frappait à un mur de béton. On avait beau rire à tes côtés ou écouter ta guitare qui ne sonnait plus à ton goût, on ne pouvait te comprendre. On ne pouvait plus te sauver, dans le fond de ton trou. J’ai essayé d’être là pour toi, tu m’as rejetée, puis tu m’as prise dans tes bras parce que tu m’aimais.

On connectait toi et moi, on avait plein de choses à se dire. Un souvenir, peu avant ta mort, dans le bateau sur le lac derrière la maison de papa, après ton périple dans l’Ouest canadien qui était censé t’aider, te guérir, mais qui t’a plongé un peu plus profond dans ton trou. Malgré la distance, un lien étrange nous unissait. Je m’en rappelle comme si c’était hier. Avec ton rire effrayant qui trahissait ta psychose. Mais je t’aimais, même si tu me faisais parfois peur quand tu criais après maman.

Une fois, genre 2-3 semaines avant que j’apprenne la nouvelle, tu t’engueulais avec elle parce que tu croyais qu’elle te fuyait, ou quelque chose comme ça. Tu avais sûrement raison, mais tu ne savais pas comment gérer ça. Pauvre enfant. En tous cas, cette fois-là, j’ai défendu maman. Je t’ai jeté en pleine face tes quatre vérités. Tu riais de moi, t’es mis à genoux et m’as dit: « Tu veux me dominer, avoir le dessus sur moi, vas-y », en riant comme un fou. Puis je suis partie. J’avais 15 ans, toi 20. Je suis allée chez la voisine Josée-Lydia (qui avait quand même pas mal de problèmes, mais ça n’a pas vraiment rapport avec l’histoire). On a bu du Sex on the beach et j’avais tellement de peine que j’ai bu la bouteille presqu’à moi seule. Je suis revenue, tu m’as prise dans tes bras et je pleurais. Je me suis excusée. Tu étais content qu’on se réconcilie.

Par la suite, tu es allé vivre en Abitibi, dans une petite maison. Je ne sais pas ce qui s’est passé dans ta tête les dernières semaines de ta vie, mais je me souviens que tu m’appelais pour que je te parle de tout et de rien, pour te changer les idées. Je ne savais pas quoi dire. Tu m’as dit «OK c’est bon bye». Puis plus rien. L’amie de maman m’a dit que t’étais «décédé». Parait que tu t’es tiré dans ‘tête au lac La Paix … C’est trash, pareil … En nous laissant une lettre, en parlant des filles qui avaient réussi à entrer dans ta tête pis en finissant ça avec les mots, écrits tout croches: « lumière rose ». Je sais que tu as pris le temps de réfléchir à ton acte. Que tu étais triste et que tu avais l’impression d’avoir atteint la paix intérieure. Mais tu n’as maintenant plus d’existence. Et même si ça fait 8 ans de ça, c’est resté gravé en moi. Ta souffrance est restée gravée.

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